Le Brésil met le cap sur un 2e tour mouvementé

Le Brésil débutait lundi une campagne de trois semaines qui s’annonce mouvementée jusqu’au second tour de la présidentielle, après le très gros score du candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro, déjà salué par les marchés.

Peu après l’ouverture, l’indice Ibovespa avait bondi de plus de 6% et le réal brésilien, fortement déprécié ces derniers mois, prenait 2,87% face au dollar, à 3,75 réais pour un dollar, contre 4,20 il y a deux semaines.

Jair Bolsonaro, le député nostalgique de la dictature militaire et coutumier des dérapages racistes et homophobes, s’est largement qualifié dimanche avec 46% des suffrages, obtenant près de 50 millions de voix.

Une nette victoire assortie d’un raz de marée au Congrès, sa formation, le Parti social libéral, auparavant insignifiante, ayant vu son nombre de députés multiplié par six à l’issue de l’élection législative, qui a également eu lieu dimanche.

Une performance à la mesure du phénomène électoral que Bolsonaro est devenu ces dernières semaines après avoir été victime d’un attentat à l’arme blanche qui a failli lui coûter la vie.

L’ancien parachutiste de l’armée n’a toutefois pas été élu président au premier tour comme il l’espérait.

Il se retrouvera le 28 octobre face à Fernando Haddad (29%), du Parti des travailleurs (PT, gauche), dans un duel incertain et symptomatique de l’extrême polarisation que cette campagne a mise au jour.

– « Vague conservatrice » –

Les deux candidats ont fait la course en tête dans les sondages ces dernières semaines en semant leurs onze autres concurrents, pour se retrouver dans un face à face des extrêmes.

Mais M. Haddad, qui a obtenu le score le plus bas du parti au premier tour d’une présidentielle depuis 1994, va devoir mettre les bouchées doubles pour rattraper son retard.

« Bolsonaro surfe sur la vague conservatrice », titrait lundi en une le quotidien économique Valor, rappelant que le nombre de députés du PSL est passé de 8 à 52, sur 513 au total. Le parti sera aussi représenté à la chambre haute, avec 4 sénateurs sur 81, contre aucun actuellement.

Mais pour former sa base parlementaire, il compte surtout sur l’appui de puissants lobbys conservateurs, notamment ceux de l’agro-business et des puissantes églises évangéliques.

« La vague Bolsonariste redessine la politique », résume le quotidien O Globo.

Exemple emblématique: Wilson Witzel, soutenu par Bolsonaro dans la dernière ligne droite de la campagne, en passe de devenir gouverneur de Rio de Janeiro.

Les sondages ne le créditaient que de 17% des intentions de vote, mais il est arrivé largement en tête du premier tour, avec 46% des suffrages, reléguant la légende du foot Romario en quatrième position.

– Séduire le centre –

Pour le second tour de la présidentielle, Jair Bolsonaro et Fernando Haddad devraient essayer d’être plus consensuels en nouant des alliances vers le centre, très convoité. Dans sa campagne, « Haddad a beaucoup oublié le centre », dit André César, des consultants Hold à Brasilia.

Ils devront aussi tenter de limiter le fort rejet qu’ils inspirent l’un comme l’autre.

Dans son éditorial de lundi, le quotidien Estado Sao Paulo craignait toutefois que la polarisation extrême continue de reléguer au second plan le débat d’idées.

« La campagne, qui devrait permettre de jeter un peu plus de lumière sur les propositions des candidats, ne va probablement qu?augmenter les antagonismes, les indécisions et les confusions qui ont entraîné la qualification de Haddad et Bolsonaro au second tour », affirme le journal.

Pour Fernando Meireiles, politologue à l’Université fédérale de Minas Gerais, « la possibilité que Bolsonaro gagne paraît la plus forte actuellement ». « Il me semble difficile que Haddad l’emporte, mais ce n’est pas impossible, il a encore une chance raisonnable », dit-il toutefois.

« Pour Bolsonaro, il est primordial d’éviter tout type d’erreur. Il doit garder un profil bas », ajoute-t-il.

Comme chaque lundi depuis le début de la campagne, Fernando Haddad a fait le voyage à Curitiba (sud) pour rendre visite à son mentor, l’ex-président Lula, dans la prison où il purge depuis avril une peine de 12 ans et un mois pour corruption.

Luiz Inacio Lula da Silva, figure historique de la gauche brésilienne, avait adoubé il y a seulement quatre semaines Haddad pour le remplacer dans la course à la présidence alors qu’il avait été déclaré définitivement inéligible.

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    source AFP

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